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dimanche 6 avril 2008

Absences et mea culpa…



Depuis le début de l’année, hormis le mois de mars où il ne m’a pas été possible de me connecter, je brille par mon absence. Auprès de mes amis. Auprès d’un forum que j’ai moi-même créé comme un lieu d’échange et d’amitié où il ferait bon se retrouver.

J’ai longtemps cherché à en extirper la cause. C’est jamais très évident parce que c’est aussi un bon moyen de se trouver parfois des excuses.

Sauf que des excuses, je n’en ai pas. Car une si profonde lassitude, un spleen si envahissant, peut-il justifier de mettre en péril ces amitiés si profondes enrichies de rencontres « pour de vrai » ? Je ne le pense pas. Une amie m’a dit que je devais être en déprime… et que de là à la dépression, il n’y avait qu’un pas. Avec du recul, je suis conscient d’avoir probablement effleuré ces frontières sombres où l’on se perd parfois. Avec du recul, je ne peux plus dire que tout allait bien, que « je n’avais pas de problèmes ».

Sauf que je n’analyse toujours pas ce qui m’est arrivé. Je me souviens juste d’un manque d’intérêt pour tout, de ma difficulté à avancer (surtout celle à vouloir avancer). Je ne prenais plus de plaisir, ni dehors, ni dedans, je n’étais bien nulle part. J’aurais voulu remonter le temps, revenir au mois d’août, prendre la voiture pour accueillir mes amis à quelques kilomètres de notre ancienne maison paumée en campagne. Heureusement que je ressentais ce manque. Cette envie de revoir mes amis, à défaut de daigner leur parler virtuellement.

Je n’ai pas de réponse à ce désintérêt, même s’il m’a fait peur parfois. Je n’allais pas mal pourtant. Nath était là, le boulot aussi, sans mauvaise nouvelle particulière. La vie suivait son cour de façon plutôt agréable. Et pourtant, inexorablement, je me détachais toujours un peu plus… Je savais ce que je risquais, de me retrouver « seul » et même ça ne suffisait pas à faire office d’électrochoc. Je me suis alors rappelé de ce que l’on m’avait dit lorsque j’avais trouvé mon job à l’ANPE en novembre dernier : « on n’est pas bien lorsque ça va mal, mais on ne va pas forcément bien non plus lorsque ça va mieux ». Je pensais avoir tout résolu le jour où j’avais acquis une certaine « stabilité » professionnelle (guillemets parce que c’est un mot qui ne veut plus dire grand chose par les temps qui courent). Mais je crois finalement que je n’avais rien résolu du tout et que certaines plaies étaient restées ouvertes.

Enfin bref, qu’importe… C’est peut-être de la psychologie de bazar… C’est juste le résultat de longues heures de réflexion pendant lesquelles je n’étais pas fier du gâchis que j’étais en train de faire. Mais, comme je l’ai dit, rien n’excuse mon comportement… ou mon absence de comportement.

Alors ce soir, mes pensées vont vers tous ceux qui ont pâti de mes errements. Notamment trois d’entre eux : Réverbères, Brigitte et Grain de Sel. Trois piliers affectifs qui ont subi de plein fouet mes absences et qui ont dû en retirer une grande souffrance. Il y a eu un « avant », j’espère qu’il y aura un « après ». Et que la fêlure n’aura pas trop entamé le ciment de notre amitié. Même si j’ai été tout sauf votre ami depuis de longs mois.

J’espère que vous me pardonnerez, même si pas tout de suite.
Je vous fais toutes mes excuses. Sincères.






Sucres en folie


Il y a quelques semaines, j’ai été malade. Vomissements puis légère aphonie, rechute puis aphonie complète pendant trois jours. Prise de sang. Je reçois les résultats que je parcours un peu vite. Je ne m’inquiète pas, pas plus que mon toubib apparemment puisqu’elle ne me rappelle pas. Mais quand Nath va la voir pour un truc bénin la concernant, elle lui dit que pour elle, c’est ok, mais que pour moi, c’est pas ça et que je dois la voir rapidement.

Alors que tout me semblait normal au premier abord, j’avais en fait complètement zappé le taux de triglycémie qui est le double du taux normal. Bref, j’ai beaucoup trop de sucre dans le sang. Je suis un peu surpris vu que je suis surtout attiré par le salé (ce qui n’est guère mieux me direz-vous) mais bon, vu que tout est sucré maintenant, même dans le salé……………….

En plus, en y réfléchissant, mon nouveau boulot n’a pas que des avantages. Le fait de bosser le matin et de finir à 13h par exemple. L’inactivité qui s’ensuit est la porte ouverte (surtout celle du frigo) à tous les excès. Grignotage + quelques pêchés-mignons comme les Sundy ou les Ballisto = Aieaieaie ! A moins que ce ne soit les mignonnettes belges (Comment ça, c’est un message subliminal ? Mais pas du tout Brigitte !)

En tout cas, on peut se trouver des excuses mais le résultat est là. Faut réduire les sucres. D’ailleurs, ma toubib, charmante au demeurant, a des arguments de poids : risques au niveau du pancréas, diabète… Bref, je vais devoir me faire violence.

Alors depuis, je mange quantitativement pareil mais avec une alimentation plus équilibrée. Et bam, 7 kilos perdus en 7 jours. Je suis sûr que le taux de triglycémie va prendre le même chemin… Et après 3 semaines, moins 11 kilos au compteur !

La suite du feuilleton… quand j’aurai perdu encore quelques kilos…


jeudi 22 novembre 2007

L'art difficile de vivre en famille


On dit souvent qu'un sujet en amène un autre. J'ai précédemment évoqué ma difficulté d'assister au traditionnel repas de famille à l'occasion des fêtes de Noël. Je tiens néanmoins à préciser que ça n'enlève rien aux qualités de mes beaux-parents que j'ai évoquées par ailleurs, voici plusieurs mois.


Je crois surtout qu'au delà de ces faux problèmes de repas "de groupe", c'est le concept même de famille qui me pose problème et que je ressens comme une intrusion parfois violente dans ma petite existence.


Je ne cherche pas à me justifier. D'ailleurs, je n'en ai nullement besoin et personne ne me le demande. Mais je crois que lorsque l'on n'a jamais eu le sentiment d'appartenir à une famille jusqu'à un stade relativement avancé de sa vie, c'est très difficile ensuite d'aller vers des gens "étrangers", malgré leur bienveillance et leur attachement. Les parents de Nath voudraient que je sois plus famille, que l'on vienne plus souvent, ou que les appels téléphoniques soient aussi plus nombreux... mais j'ai du mal avec tout ça, et le mot est faible. Car je ressens tout cela comme l'intrusion d'un mode de vie, d'une éducation qui m'échappe et que je n'ai pas connue.


On a tous sa vie, son propre cheminement, avec les hauts et les bas qui font ce que nous sommes. Loin de moi ici l'idée de me plaindre. Ma vie ne m'a globalement pas convenu mais il y a pire ailleurs. Et j'ai Nath. Et d'autres qui tiennent à moi, à nous.


La famille. Un concept vague pour quelqu'un qui n'a plus vu son père depuis l'âge de quatre ans. Un père que je ne regrette pas, assurément violent et probablement escroc. Où qu'il soit aujourd'hui, surtout qu'il y reste. Mais l'idée de famille sans présence masculine, déjà ça coince. Etre fils unique n'a rien arrangé. Aucun contact avec la famille du côté paternel et une famille éclatée du côté de ma mère. Le souvenir de vacances forcées à la campagne chez l'un de mes oncles où il ne faisait pas bon être le sale gamin de la ville. Le souvenir d'une cave sombre et humide dans laquelle mes cousins et moi étions parfois enfermés. Une mère qui a fait ce qu'elle a pu avec les moyens du bord mais qui a cruellement manqué de tendresse, de fierté envers un fils qui aurait tant voulu qu'elle le regarde vraiment. Une mère enfin qui aurait tant désiré une fille et qui a reporté l'affection dont elle était capable sur sa nièce.


Bref, une enfance solitaire, si ce n'est, quand même, quelques vacances mémorables avec un autre de mes oncles, toujours du côté de ma mère, que j'aime comme un père malgré la distance géographique.


Un môme solitaire donc, plongé dans ses BD et ses dessins. Une bulle bien à soi pour un gamin qui se fait ses propres héros. Et qui rêve. Beaucoup. Seul.


Et puis, suite à ma rencontre avec Nath, je me retrouve catapulté dans un monde qui m'est tout sauf familier. Un monde où le concept même de famille est roi, pas forcément la proche famille d'ailleurs mais aussi cousins éloignés. Un monde où les gens aiment se voir, recevoir, prendre des nouvelles, mais aussi aiguiser leur curiosité, la frontière est si mince... Un monde bienveillant mais dans lequel j'étouffe presque immédiatement. Les repas réglés comme du papier à musique se multiplient. Tout le monde s'amuse et essaie sincèrement de me mettre à l'aise. Alors je joue le jeu, après tout, ces gens sont bien gentils. Mais hors champ, je n'y arrive pas. Les sollicitudent m'ennuient, me compriment.

Le mariage sera à l'image de cette nouvelle vie dont j'ai la sensation qu'elle me glisse parfois entre les doigts. Je veux une cérémonie intimiste et nous serons plus de 100.


Les débuts avec les beaux-parents Georgette et Alexandre sont tendus. Les pauvres, ils rentrent de cure et apprennent que leur fille a emménagé avec un parfait inconnu. De plus, je ne leur facilite pas les choses de par mon côté sauvage exacerbé.

Petit à petit, on s'apprivoise. Mais je reste félin. On peut m'approcher mais je n'appartiens à personne et c'est encore vrai aujourd'hui. Ils s'inquiètent lorsque je ne vais pas bien, m'encouragent lorsque je tiens le bon bout, et sont sincèrement ravis lors de réussites ponctuelles. Mais je garde malgré tout cette distance qui fait que, même lors de repas dits de famille, je ne m'intègre pas vraiment. Mais c'est délibéré. A plus de 30 ans, l'idée de famille n'est pas naturelle pour moi. Je peux idéalement faire avec, parfois même reconnaître ses bons côtés, mais je ne peux adhérer.


Si j'avais connu ça tout marmot, je crois que ça m'aurait bien plu. L'appartenance à une famille et la reconnaissance qui va avec. Mais à présent, la seule chose dont j'ai besoin, c'est cette soif de liberté, d'indépendance. Je n'oublie pas celle avec laquelle je partage ma vie. Je n'oublie pas d'où elle vient. Son vécu, ses besoins. Mais que c'est dur parfois.


La famille, c'est vraiment pas simple quand on n'a pas appris...

dimanche 26 août 2007

Petit poids ? Chiche !


J'ai voulu retarder l'échéance au maximum. Mais il est plus que temps maintenant. D'ailleurs, pour me donner du courage, je viens de boire une des excellentes bières trappistes de François-Marie et Brigitte.

Je dois absolument MAIGRIR ! Baaahhhh ! Quel verbe affreux ! Non pas que l'idée de moins manger, ou manger mieux, me contrarie particulièrement. C'est plutôt ma légendaire volonté qui me fait craindre le pire. Il y a quelques années, j'avais perdu 8 kg en six semaines, uniquement en supprimant crèmes dessert, alcool et charcuterie. Et sans me forcer d'ailleurs.

Jusqu'à ce fameux matin où je m'étais réveillé en décrétant que j'arrêtais tout. Notamment mon régime. Ce qui coincidait étrangement avec mes vacances de Noël à passer sur Paris chez mon oncle dont le rêve aurait été, idéalement, de... monter un restaurant.

Bref, en 15 jours, j'avais tout récupéré. Et sans me forcer non plus.


Quelques années plus tard, je viens de dépasser la limite. On se fixe tous une limite, qui vaut ce qu'elle vaut et qui obéit à des considérations probablement enfouies en nous. Bref, je m'étais fixé un seuil. Je viens d'y entrer à pieds joints. Bienvenue dans la maison de l'obésité !

Mon médecin m'avait mis en garde. Nath s'inquiète aussi. Ma belle-mère ne dit rien, de peur que je monte sur mes grands chevaux mais pense beaucoup. Ma mère... Ma mère s'est servi de ce poids (c'est vraiment le cas de le dire) comme d'une arme. Je me souviens lorsqu'elle me criait "Sergent Garcia" dès qu'elle me voyait apparaitre en haut de la rue où nous habitions. Je n'étais jamais assez bon en classe, assez bien rasé, assez bien habillé... ni assez maigre donc. Je n'étais pas assez tout.

Voici pour la parenthèse "lâchons nous et balançons au passage". Je vais donc me mettre au régime. J'ai commencé hier. Coupe de cheveux. Un kilo en moins. Facile. Et tout ça en moins de trente minutes, je sens que je tiens le bon bout.

Les desserts ? Pas de souci, je ne suis pas excessivement porté sur le sucré. Préfère le salé. Tiens, là aussi, faudra que je me surveille. Moi et ma manie de tout ressaler systématiquement.

L'alcool et la charcuterie, pas de souci non plus. Et j'ai au moins la chance d'adorer les crudités et de ne pas détester les fruits.

Ca part bien, c'est moi qui vous le dis !


Jusqu'à un prochain matin.........


mardi 24 juillet 2007

Nuages noirs


La journée n'avait pas particulièrement mal commencé. D'accord, je m'étais couché à 4 h du matin pour rendre mes articles à peu près dans les temps, c'est-à-dire avec du retard quand même.

Du coup, il ne fallait pas s'étonner que je sois encore au lit ce matin sur les coups de 11 h.


C'est précisément là que tout s'est écroulé.


Nath est rentrée, en larmes et virée.


Virée. Rien que d'en parler, j'ai une boule à l'estomac.


Virée parce que ses employeurs ont orienté son poste d'assistante de direction (pour lequel elle a été recrutée) en un poste d'assistante-comptable (pour lequel elle a juste quelques notions).


Virée alors qu'elle a eu deux mois de période d'essai, période à l'issue de laquelle elle a été maintenue dans ses fonctions.


Cette décision n'est pas à effet immédiat. Ils disent vouloir lui trouver autre chose, ailleurs mais hors de l'entreprise. Et ne pas la laisser tomber. Je rigole doucement.


J'ai des pensées plein la tête. Galères. Prud'hommes. Factures. Avenir. Touchés, coulés.


J'ai appelé mon journal, histoire de leur dire que la donne avait changé. S'ils veulent me garder, ils vont devoir m'apporter des garanties. Sinon, je ferai autre chose. Bien obligé.


Nath est retournée bosser cet après-midi. Elle pense pouvoir les faire changer d'avis. C'est tout Nath, ça ! Adorable mais à cent lieux des réalités. Le sentimentalisme en entreprise, c'est dépassé. Tout juste peut-elle espérer un sursis... peut-être. Reculer pour mieux sauter.


J'ai le cerveau plein de brume. L'avenir n'est guère prometteur. On va bien évidemment me dire que derrière, il y aura une embellie...


Personnellement, je n'y crois plus.


dimanche 1 juillet 2007

Réunion de famille


La porte s’entrouvrit, faisant tinter la petite clochette. Manon entra, une sucette à la bouche comme à son habitude. Piccolo, affairé au bar, eut un large sourire en la voyant. Elle vit sur sa droite un petit groupe de personnes réunies autour de trois tables rapprochées pour l’occasion.
-Alors Princesse, ça a été l’école aujourd’hui ?
Manon fit la grimace. Un chien s’approcha d’elle en remuant la queue et lui lécha la main.
-Oh ! Tu as un chien, Piccolo ?
-Non, ma grande ! Il appartient au vieux monsieur assis là-bas avec les autres. Je vais amener les cafés ; toi, prends ta part de tarte dans le frigo et sers toi du sirop ! Et viens t’asseoir avec nous ensuite.
Manon ne comprenait pas. Tout lui semblait inhabituel. Et tous ces gens. D’habitude, il n’y avait jamais personne ou presque, surtout à ce moment de la journée.
Piccolo apporta le plateau, servit les cafés, proposa du sucre (le chien aboya d’ailleurs pour s’assurer qu’on ne l’oublierait pas). Ensuite, il posa le plateau sur une table voisine et s’assit avec les autres. Manon se servit du sirop de cassis et vint rejoindre le petit groupe, son verre dans une main et son morceau de gâteau dans l’autre.

Piccolo se gratta la tête, ne sachant visiblement pas par où commencer.
-Bon. Premièrement, est-ce que quelqu’un a de ses nouvelles ?
Le groupe secoua la tête. Manon ne comprenait rien à ce qui était en train de se passer, ni pourquoi elle avait été attendue. La discussion s’annonçait sinistre et la fillette se demanda même si elle ne préfèrerait pas faire ses devoirs. Elle soupira et entama son goûter tout en observant un à un les gens présents.
Le propriétaire du chien était un vieux monsieur. Elle n’aimait pas trop les vieilles personnes, Manon, parce qu’elles semblaient sèches quand on les embrassait. Mais il avait l’air gentil ce papy, avec la tête de ce brave chien posée sur ses genoux. Il était rigolo ce chien, il ventilait tout le temps avec sa queue. A sa droite, il y avait un type habillé un peu bizarrement. Il lui rappelait un peu l’inspecteur Columbo qu’elle adorait voir à la télé mais en moins vieux et en moins sympathique. Mais son imperméable était aussi usé. Il tenait par la main une femme magnifique aux cheveux d’or mais qui visiblement ne savait pas non plus s’habiller correctement. A moins qu’elle ne vienne de se lever. Car elle avait juste une nuisette pour tout vêtement. Elle lui souriait et Manon le lui rendit toutes dents dehors. Qu’est ce qu’elle était jolie !

-Je te sens intriguée Manon et c’est bien normal, dit soudain Piccolo en l’observant. Si tu le veux bien, je vais faire les présentations. La très belle femme que tu regardes avec insistance (Manon baissa les yeux et rougit instantanément) s’appelle Blanche comme ta maman. A ses côtés, voici l’inspecteur Fergusson. Le monsieur un peu plus vieux que moi s’appelle Emile et son chien Toby ne le quitte jamais. (En entendant son nom, Toby jappa joyeusement et remua la queue de plus en plus frénétiquement)
Tu as aussi Renaud et son fils Eric. Ainsi que le jeune Théo Paradis, je sais, ça fait un peu bizarre mais tu vas comprendre. Enfin, je te présente Peter et Gwen. Mes amis, voici la petite Manon dont je vous ai parlé et dont certains ont peut-être pu commencer à lire les aventures.
Manon regarda son vieil ami Piccolo comme s’il était devenu fou. Piccolo lui sourit, le regard bienveillant comme toujours et lui passa la main dans les cheveux.
-Tu dois savoir, même si c’est difficile à croire, que nous n’existons pas vraiment. Nous avons été inventés de toutes pièces par un écrivain qui nous met en scène au hasard de ses élucubrations. Toi et moi avons eu de la chance, nous n’avons pas été tellement maltraités mais d’autres ont eu moins de chance.
Blanche vit l’incrédulité de Manon et prit sa main dans la sienne.
-Nous sommes des personnages de romans, de nouvelles pour être tout à fait précise. Moi, par exemple, je me suis retrouvée en pleine nuit en nuisette sous une pluie de grenouilles. Je passerai sur les détails, il m’est arrivé plein de choses. Pour mon ami Fergusson, c’est pire, il n’est même plus vivant le pauvre, même si pas tout à fait mort. Et puis Renaud que tu vois là-bas avec son fils Eric a été soufflé par l’explosion de sa voiture. Parfois, on nous mène vraiment la vie dure. Et on ne sait jamais à quelle sauce on va être mangé.
-Encore moins lorsque notre petit Franck ne daigne pas finir ses histoires, rajouta Peter en souriant lui aussi à Manon. On est plusieurs dans ce cas là : moi et Gwen, Renaud, Eric et Théo… et puis vous deux. Pourtant ça me plaisait bien moi, cette histoire d’amitié entre un clown vieillissant et sa petite protégée. Ca m’aurait plu de lire la suite.


Manon les regarda tous un à un, se demandant s’ils étaient tous devenus fous ou si elle n’était pas en train de rêver. Elle plongea son regard dans celui de Piccolo, y cherchant trace d’une quelconque absurdité mais n’y trouva rien de particulier en dehors de sa tendresse habituelle. Elle poussa un long soupir et finit sa part de tarte aux myrtilles. Après tout, si ça les amusait de débiter ces âneries… Elle était quand même un peu ébranlée mais ne souhaitait pas poser davantage de questions. Demain serait un autre jour.
Piccolo observa la fillette avec une lueur amusée dans le regard. Puis il se tourna de nouveau vers ses invités.
-Bon, ça commence à en faire des histoires inachevées. Le sursis, mort lente… et la mienne maintenant. Quelqu’un sait-il ce qu’il se passe ?
Emile prit la parole :
-Personnellement, je suis content d’être là, mais je n’ai pas à me plaindre. Je fais partie des personnages dont l’histoire a connu une vraie fin. Blanche et Fergusson en ont davantage bavé mais là aussi Franck a terminé le récit. C’est vrai que depuis, les choses ont pas mal changé… et pas forcément en bien. Toby aime bien quand je lui lis l’histoire de la petite Manon, j’ai l’impression qu’il comprend ce que je lui dis. Il aime bien la nôtre aussi mais comme c’est une histoire qui nous sépare à la fin, ça le rend un peu triste, hein Toby ?
-Wouf ! aboya le chien en remuant sa queue de plus belle et en léchant la main de son vieux maître.
-En fait, on s’est tous retrouvé ici et j’en suis aussi très heureux, ça nous permet au moins de faire plus ample connaissance, dit Renaud mais je ne vois pas ce que l’on peut dire ou faire. Notre existence, l’évolution de nos personnages ou de nos intrigues dépend uniquement de ce que Franck veut en faire. Le reste ne nous appartient pas et…


La clochette retentit une nouvelle fois lorsque je pénétrai dans le bar de Piccolo le vieux clown.


Je passais de l’un à l’autre. J’étais tout chose en voyant mes personnages principaux réunis ici. Tous m’avaient énormément apporté, certains plus que d’autres selon la part de moi qui était en eux. Il y en avait que j’avais délaissés, parfois malgré moi comme lorsque les mots ne glissent plus comme on voudrait sur la page désespérément vide. Il y en avait aussi que je m’étais juré de retrouver mais plus le temps passait, plus les retrouvailles devenaient hypothétiques.
Je pris une chaise et m’assis près d’Emile. Toby me fit la fête et j’eus une pensée émue de ces beaux moments d’écriture passés en leur compagnie.


Manon me regarda, l’air circonspect. Elle voyait bien que tout le monde semblait me connaître et il était évident que pour elle, malgré l’impression de flou dans sa tête, j’étais lié aux derniers évènements de la soirée. Elle avait cette moue irrésistible que je lui connaissais que trop bien.
Tous les regards étaient posés sur moi, entre sympathie, émotion et interrogations. Je voulais les rassurer, trouver les mots mais c’était difficile. Ils se posaient légitimement des questions dont je n’avais pas forcément les réponses.
-Je… Je ne vous ai pas oublié, tous autant que vous êtes. Je sais que pour certains d’entre vous, notre histoire a un goût d’inachevé. C’est un sentiment que je partage. Lorsque je commençais une histoire, j’étais toujours persuadé de la terminer, je ne me posais même pas la question à vrai dire. Maintenant, c’est un peu plus compliqué. Je commence avec la hantise de ne pas aller au bout. Et je sais que ça s’est fréquemment produit ces derniers temps et que ce n’est pas juste, pour vous comme pour ceux qui vous lisent et qui se demandent bien ce que je fous.


Piccolo le clown sourit.
-Cette belle histoire avec ma petite princesse va se poursuivre alors ?
-Oui, bien sûr qu’elle va se poursuivre. Je ne sais pas trop quand mais tout vous revoir ici me donne vraiment l’envie de continuer. Et puis, que ferait la belle Manon sans son ami Piccolo ?
La fillette m’offrit un large sourire. Son regard suspicieux avait disparu.
-Et je serai quand même obligée de continuer mes cours de soutien avec la maîtresse ? Parce que ça, c’est pas très rigolo.
J’éclatai de rire.
-Oui, ma grande, pas de changements en vue de ce côté là ! Mais l’apprentissage du cirque avec Piccolo, ça vaut bien quelques sacrifices, non ?
L’atmosphère était plus détendue. Piccolo et Manon étaient visiblement rassurés même si la fillette ne savait toujours pas vraiment si elle rêvait ou devenait un brin fofolle. Blanche, Fergusson et Renaud semblaient content de me revoir malgré ce que je leur avais fait endurer. Quant à Emile, nous n’avions pas vraiment besoin de nous regarder pour savoir. J’avais une infinie tendresse pour ce vieux bonhomme et son chien et les mots étaient inutiles.
Peter et Gwen me semblaient davantage étrangers, tant de mon côté que du leur. Tout avait pourtant idéalement commencé puis l’histoire m’avait échappé. Mais une porte restait ouverte. Peut-être me faudrait-il repenser l’intrigue ou certains personnages… Mais je n’en avais pas fini avec eux. A plus ou moins long terme, ils seraient de retour. Je leur souris et ils en firent autant. Le message était passé.

Piccolo sentit que l’essentiel était dit et proposa l’apéro à toutes les personnes présentes. Manon, toute excitée, se rua dans l’arrière salle à la recherche du saucisson fait maison et de quelques autres amuse-gueules, suivie par Toby qui aboyait gaiement.

Un peu plus tard, nous étions tous là à refaire le monde. Pour ma part, je me sentais mieux et d’attaque. Les mots allaient revenir, c’était une certitude.


Et comme pour me donner du courage, Manon m’enserra de ses deux bras et déposa un bisou sur ma joue.

dimanche 20 mai 2007

Collectionnite aigüe


A l'heure où un vent douteux de féminisme souffle sur le forum, je suis bien obligé d'en remettre une couche. Il y a en effet ce vieux cliché de la femme ultra dépensière, cliché qui est peut-être vrai dans la plupart des cas, je n'en sais rien.

Sauf qu'en ce qui me concerne, c'est moi le "flambeur" de la famille. Nath n'a jamais besoin de rien, elle économise sagement, s'achète deux ou trois bricoles dans l'année... Il faut dire aussi qu'elle n'a pas d'envie particulière. Mais bon, le fait est là : elle économise et je dépense.

Heureusement, nous avons un compte joint pour les factures et l'alimentaire, et deux comptes séparés, chacun le sien, pour les "loisirs". Tout ça pour dire que je ne dépense que sur mon propre compte bien évidemment.

Sauf que je suis atteint de collectionnite aigüe, essentiellement en BD, mais pas seulement... Et comme ma situation ne me permet pas de folies, je suis dans un ballet incessant d'achats et de ventes. Je veux un objet et j'en vends un autre pour me le financer. Cercle assez infernal qui a ses limites. Car si je me porte acquéreur d'un collector par exemple (dernière folie en date, un Gaston intégrale format quasi A3 tiré à 2000 ex), il est hors de question pour moi de le revendre. Alors au bout d'un moment, j'ai plus de choses à acheter que d'objets à vendre.

J'ai beau essayer de prendre sur moi, je n'arrive pas à me contenir. La BD est quasiment ma seule passion (sans parler des produits dérivés), j'ai des bibliothèques bondées, plus aucune place pour entreposer quoi que ce soit, et pourtant je trouve toujours une astuce pour retarder l'échéance...

Bien sûr, ça n'a rien d'obsessionnel (quoique...) et je ne ferai jamais le moindre achat avec l'argent du couple. Mais au delà des dépenses, je m'interroge surtout sur le phénomène en soi. Qu'est ce que je peux retirer de cette satisfaction à agrandir toujours plus ma collection ? Ne s'agit-il pas que de livres après tout ?

Le hic, c'est que même quand je n'ai pas d'envies particulières, je suis toujours à l'affût, sur des sites comme e-bay par exemple, de l'objet qui pourrait m'intéresser. Un peu comme le ferait un chineur, sauf que moi, je fais tout depuis mon bureau.

Ajoutez aux BD de nombreux DVD et quelques figurines et vous avez un panorama complet de ma collectionnite. J'en parle aujourd'hui parce que je suis en plein dedans... Ca me procure une sorte d'excitation (surveiller des achats éventuels, lister une liste d'objets à vendre en contrepartie, chiner sur le net) et en même temps, je ne peux m'empêcher de me demander : "Ca sert à quoi tout ça ?"

Peut-on dire que je suis dépensier, vu que j'achète par le produit de ventes ? En tout cas, quand je vois mes besoins et ceux de Nath, il n'y a pas photo...

La "sage" femme, c'est bien elle...

jeudi 10 mai 2007

Piccolo, retour sur une mort annoncée




Certains ne manqueront pas de remarquer que l'ultime chapitre de "Piccolo" a disparu. C'est drôle parce que, tout récemment encore, j'ai dit que je ne reniais aucun de mes écrits passés et que même, je vivais de mieux en mieux leurs imperfections.


Pourtant, je n'assume pas le sort que j'ai réservé à Piccolo... C'est quelqu'un de joyeux, qui vit probablement assez mal de ne plus exercer sa passion, mais ce n'est certainement pas quelqu'un de fou ou de suicidaire. En ce sens, la fin telle que je vous l'ai proposée ne s'impose pas mais est, de plus, incohérente de mon point de vue. J'ai donc supprimé ce dernier chapitre, ainsi que la dernière ligne (désolé Réverbères) du chapitre 7 qui ne laissait que peu d'espoir quant à la survie du personnage.


Entendons nous bien. Je ne dis pas que Piccolo ne peut pas mourir ; d'ailleurs, c'est une éventualité que je n'ai jamais exclue... mais il me parait essentiel que l'histoire reste plausible. Et là, ce n'était plus vrai avec ce vieil homme qui devient fou en quelques minutes.


Je crois que je suis retombé dans un de mes travers d'écrivain. A savoir que, dès que ma vie perso ou pro capote un peu, je transmets de la noirceur à mon histoire ou à mes personnages. J'ai peut-être craint aussi, suite à mes petits tracas sans grande importance d'ailleurs, de ne pas réussir à finir l'histoire, fâcheuse habitude que j'ai déjà eue par le passé (Le Sursis et Mort lente). Je pense donc avoir un peu paniqué et m'être précipité, écrivant une fin qui me convenait "littérairement" mais absolument pas crédible au niveau de l'histoire.


Tout ça pour dire que Piccolo n'est pas mort, qu'il le sera peut-être un jour (ou pas) et qu'il me paraît évident que lui et Manon ont encore du chemin à faire ensemble... En tout cas, que la fin soit proche ou non, promis, je soignerai la sortie de notre ami Piccolo le vieux clown...







mercredi 25 avril 2007

Nouveau départ



Après trois semaines d'absence, il était temps de "revenir aux affaires" et de mettre à jour ce blog qui commençait à prendre la poussière.

Le sujet était tout trouvé puisque cette absence est due à un déménagement. Nous ne sommes plus aveyronnais mais sarladais. On arrive dans un endroit où, pour nous, tout reste à faire. On connaît peu ou mal les lieux, encore moins les gens. Mais ça viendra, je ne suis pas pressé.



Le déménagement s'étant fait dans la précipitation, j'avais toujours dit que l'emménagement se ferait en douceur. Et c'est ce qui s'est passé. On s'est installé progressivement, avec quelques impondérables communs à tous les déménagements, ces petites choses que l'on ne prévoit jamais, comme une canalisation bouchée.

Lorsqu'on a cherché la maison à louer, trois impératifs : pas de voisins au dessus ou au dessous, un endroit calme et un garage (ou un abri pour la voiture). Les recherches ont commencé via Internet mais il n'y avait que des locations saisonnières. On a du se résoudre à passer par une agence mais ça s'est plutôt bien passé. La première maison a été la bonne. "Coup de foudre" réciproque de moi et Nath. Petite maison de type périgourdin en pierres. Un salon comme pièce principale. Un coin cuisine. Une pièce salle à manger. A l'étage, chambre qui fait aussi bureau (ça ne m'a pas emballé mais il a fallu faire des choix), pièce pour le rangement et le repassage et enfin salle de bains et sanitaires. A l'arrière de la maison, coin terrasse avec barbecue et remise.


Il y a juste une maison mitoyenne, non louée pour l'instant séparée de la nôtre par la haie que vous voyez sur la première photo.

Bref, on commence à prendre nos marques. Je ne peux pas dire que je sois transcendé de joie. Sarlat est hautement touristique et je ne suis pas friand de la foule à longueur de journée. Par chance, on est du bon côté (Lot) et je n'aurais pas à traverser Sarlat l'été pour aller faire mes articles. Et Nath est aussi du bon côté.

Pour le reste, le village est tranquille... Je m'attends à voir passer bon nombre de randonneurs cet été mais pour l'instant c'est calme et reposant.



On vous met donc quelques photos de notre nouveau "chez nous". Nath s'est adaptée tout de suite. Pour moi, il faudra un petit temps d'adaptation.


Mais tout est sur les rails...
Le reste se fera... progressivement...