dimanche 20 mai 2007

Collectionnite aigüe


A l'heure où un vent douteux de féminisme souffle sur le forum, je suis bien obligé d'en remettre une couche. Il y a en effet ce vieux cliché de la femme ultra dépensière, cliché qui est peut-être vrai dans la plupart des cas, je n'en sais rien.

Sauf qu'en ce qui me concerne, c'est moi le "flambeur" de la famille. Nath n'a jamais besoin de rien, elle économise sagement, s'achète deux ou trois bricoles dans l'année... Il faut dire aussi qu'elle n'a pas d'envie particulière. Mais bon, le fait est là : elle économise et je dépense.

Heureusement, nous avons un compte joint pour les factures et l'alimentaire, et deux comptes séparés, chacun le sien, pour les "loisirs". Tout ça pour dire que je ne dépense que sur mon propre compte bien évidemment.

Sauf que je suis atteint de collectionnite aigüe, essentiellement en BD, mais pas seulement... Et comme ma situation ne me permet pas de folies, je suis dans un ballet incessant d'achats et de ventes. Je veux un objet et j'en vends un autre pour me le financer. Cercle assez infernal qui a ses limites. Car si je me porte acquéreur d'un collector par exemple (dernière folie en date, un Gaston intégrale format quasi A3 tiré à 2000 ex), il est hors de question pour moi de le revendre. Alors au bout d'un moment, j'ai plus de choses à acheter que d'objets à vendre.

J'ai beau essayer de prendre sur moi, je n'arrive pas à me contenir. La BD est quasiment ma seule passion (sans parler des produits dérivés), j'ai des bibliothèques bondées, plus aucune place pour entreposer quoi que ce soit, et pourtant je trouve toujours une astuce pour retarder l'échéance...

Bien sûr, ça n'a rien d'obsessionnel (quoique...) et je ne ferai jamais le moindre achat avec l'argent du couple. Mais au delà des dépenses, je m'interroge surtout sur le phénomène en soi. Qu'est ce que je peux retirer de cette satisfaction à agrandir toujours plus ma collection ? Ne s'agit-il pas que de livres après tout ?

Le hic, c'est que même quand je n'ai pas d'envies particulières, je suis toujours à l'affût, sur des sites comme e-bay par exemple, de l'objet qui pourrait m'intéresser. Un peu comme le ferait un chineur, sauf que moi, je fais tout depuis mon bureau.

Ajoutez aux BD de nombreux DVD et quelques figurines et vous avez un panorama complet de ma collectionnite. J'en parle aujourd'hui parce que je suis en plein dedans... Ca me procure une sorte d'excitation (surveiller des achats éventuels, lister une liste d'objets à vendre en contrepartie, chiner sur le net) et en même temps, je ne peux m'empêcher de me demander : "Ca sert à quoi tout ça ?"

Peut-on dire que je suis dépensier, vu que j'achète par le produit de ventes ? En tout cas, quand je vois mes besoins et ceux de Nath, il n'y a pas photo...

La "sage" femme, c'est bien elle...

dimanche 13 mai 2007

Belle journée !


Il est des jours où les thèmes de ce blog sont tout trouvés... actualités, nouvelle(s) en cours, coup de coeur etc.

Et puis, parfois, il n'y a rien... à moins que ce ne soit l'inverse !


Car parfois, il y a simplement un petit parfum de légèreté dans l'air, une petite paix intérieure, une journée sans nuage.


Ce dimanche fait partie de ces petits moments sans nuage où il n'y aurait presque rien à en dire, où il suffirait de se laisser porter...


Surtout, cette journée est belle parce que c'est un sentiment que l'on peut partager avec des amis. Où que des amis partagent avec vous. Un sentiment de bonne humeur que l'on pourrait enfouir au fond de soi mais qu'on préfère partager avec le plus grand nombre, histoire que cette euphorie, aussi éphémère qu'elle soit, puisse se transformer en une belle ronde d'espoir...


Une belle journée où rien ne se passe... en apparence...


Avec des lumières qui s'allument autour de soi et qui diffusent une chaleur bienveillante !


jeudi 10 mai 2007

Piccolo, retour sur une mort annoncée




Certains ne manqueront pas de remarquer que l'ultime chapitre de "Piccolo" a disparu. C'est drôle parce que, tout récemment encore, j'ai dit que je ne reniais aucun de mes écrits passés et que même, je vivais de mieux en mieux leurs imperfections.


Pourtant, je n'assume pas le sort que j'ai réservé à Piccolo... C'est quelqu'un de joyeux, qui vit probablement assez mal de ne plus exercer sa passion, mais ce n'est certainement pas quelqu'un de fou ou de suicidaire. En ce sens, la fin telle que je vous l'ai proposée ne s'impose pas mais est, de plus, incohérente de mon point de vue. J'ai donc supprimé ce dernier chapitre, ainsi que la dernière ligne (désolé Réverbères) du chapitre 7 qui ne laissait que peu d'espoir quant à la survie du personnage.


Entendons nous bien. Je ne dis pas que Piccolo ne peut pas mourir ; d'ailleurs, c'est une éventualité que je n'ai jamais exclue... mais il me parait essentiel que l'histoire reste plausible. Et là, ce n'était plus vrai avec ce vieil homme qui devient fou en quelques minutes.


Je crois que je suis retombé dans un de mes travers d'écrivain. A savoir que, dès que ma vie perso ou pro capote un peu, je transmets de la noirceur à mon histoire ou à mes personnages. J'ai peut-être craint aussi, suite à mes petits tracas sans grande importance d'ailleurs, de ne pas réussir à finir l'histoire, fâcheuse habitude que j'ai déjà eue par le passé (Le Sursis et Mort lente). Je pense donc avoir un peu paniqué et m'être précipité, écrivant une fin qui me convenait "littérairement" mais absolument pas crédible au niveau de l'histoire.


Tout ça pour dire que Piccolo n'est pas mort, qu'il le sera peut-être un jour (ou pas) et qu'il me paraît évident que lui et Manon ont encore du chemin à faire ensemble... En tout cas, que la fin soit proche ou non, promis, je soignerai la sortie de notre ami Piccolo le vieux clown...







vendredi 4 mai 2007

Piccolo 7eme partie


-Alors ? Ose dire qu’elle n’est pas bonne mon omelette aux cèpes !
Paulo grommela quelque chose comme « saleté de bestiole » et se resservit du vin.
-Tu vas pas faire la tête jusqu’aux calendes grecques, si ?
-Je fais la tête si je veux ! C’est tout juste si j’arrive encore à m’asseoir !
Piccolo ne put s’empêcher de rire. Paulo, l’œil noir, vida son verre aussi vite qu’il l’avait rempli.
-Bon, je reconnais que ce n’est pas drôle et sans doute un peu douloureux mais…
-Un peu douloureux ? Un peu douloureux ? Non mais, écoutez le ! Ca fait très mal, oui ! Ce satané bouc a du revenir à la charge une dizaine de fois !
Le vieux clown sourit intérieurement. Le bouquetin avait chargé deux fois seulement, le temps pour Piccolo d’attraper une fourche et de faire reculer l’animal.
-Pense à Manon et au plaisir que tu vas lui faire ! Quand elle rentrera de l’école demain, elle va sauter de joie en découvrant ses nouveaux amis !
-Tu t’occupes trop de cette gamine Piccolo, dit Paulo en finissant son assiette. Tu veux faire d’elle une artiste de cirque accomplie. Mais elle ? En a t-elle vraiment envie ou est-ce juste parce que ça lui permet ainsi de rester avec toi ?
Paulo reprit un verre de vin qu’il vida aussitôt et se leva.
-Le cirque, c’est de l’histoire ancienne Piccolo. Tu as passé l’âge. Et c’est un métier qui n’a plus d’avenir. Ecoute moi : tu ne lui rends pas service, à la petite ! Et en plus, tu es en train de t’endetter avec tes animaux de foire. Je te donne juste un conseil : laisse tomber ! Manon est jeune, innocente et un rien l’émerveille. Et je sais que tu l’aimes beaucoup et que ta démarche part d’un bon sentiment. Mais crois-moi : tu vas droit dans le mur, et elle avec.
Paulo prit sa veste et se dirigea vers la porte de derrière.
-Bon, faut vraiment que j’y aille. Jeanne va s’inquiéter. Mais pense à ce que je t’ai dit. Le cirque de maintenant n’apportera rien de bon, que ce soit pour toi ou Manon. Tu es clown dans l’âme Piccolo… mais le temps où tu étais artiste de cirque est révolu… Tu devrais tourner la page. Et puis Manon t’aime énormément, elle comprendra et ne t’en aimera pas moins si tu trouves les mots pour lui expliquer. Ne la laisse pas croire que clown est un métier d’avenir. Tu sais que ce n’est plus vrai. Allez, à plus !
Paulo sauta dans sa camionnette et démarra en trombe laissant derrière lui un Piccolo hébété.

Les mots de Paulo le hantèrent toute la fin de la journée et une bonne partie de la nuit. Il comprenait ce que son ami voulait dire et pourtant il ne voulait pas se résoudre à tout laisser tomber. Et puis, lui et Manon ne faisaient rien de mal et la petite avait une telle soif d’apprendre… Elle était si douée. Et ce spectacle qu’ils avaient projeté de monter ensemble ? Allait-il y renoncer à cause de l’avis de quelqu’un qui n’y connaissait rien ? Non. Piccolo était ébranlé mais était bien décidé à aller jusqu’au bout de son rêve. Manon avait tout le temps de voir ce qu’elle voudrait faire plus tard. En attendant, ils allaient cravacher et travailler dur pour proposer un spectacle de haute tenue.
Piccolo s’endormit enfin avec ses certitudes. Mais lorsqu’il se réveilla, il eut l’impression que nombre d’entre elles avaient disparu.

Manon lui fit un signe de la main en se rendant à l’école. Piccolo le lui rendit mais le cœur n’y était pas. La fillette dut s’apercevoir que quelque chose n’allait pas car elle marqua un temps d’arrêt et sembla scruter son visage de ses yeux perçants. Elle entendit alors sonner la cloche et se dit qu’une fois encore, elle allait être en retard à l’école. Elle soupira, sourit à Piccolo d’un air désolé puis hâta le pas dans la direction opposée.

A suivre…

jeudi 3 mai 2007

Piccolo 6eme partie


Piccolo eut beaucoup de plaisir à voir passer Manon le lendemain matin. Toute souriante, elle lui envoya un baiser de la main avant de se diriger, le pas léger, vers l’école. Il savait qu’il ne la verrait plus aujourd’hui, mais son sourire suffirait à illuminer sa journée.

Le téléphone sonna. C’était Paulo, un ami du village voisin.
-Ho, Piccolo ! Ca y est, j’ai tes bestioles… alors si tu pouvais te dépêcher de venir m’en débarrasser, ce serait sympa.
-Ecoute Paulo, tu sais bien que ma vieille guimbarde n’est plus de première jeunesse et que tu as le temps de venir dix fois avant que je ne parvienne à la faire démarrer. Alors, amène tes fesses ici à l’heure de l’apéro et on partagera ma bonne omelette aux cèpes, d’accord ?
-Ben, si tu me prends par les sentiments, je veux bien me laisser tenter… Heureusement que tes bêtes sont dans des cages parce que moi, je n’y touche pas ! Pouah ! Bon, à tout’ Piccolo !
-C’est ça… et n’oublie pas de tenir ta langue ! Personne n’a besoin de savoir pour qui et pourquoi tu fais cette livraison. Gare ton fourgon derrière la maison, devant le hangar ! Allez, salut !

Piccolo raccrocha. Il se sentait tout excité. Piccolo le clown allait revenir et éblouir les enfants comme il savait si bien le faire. Et Manon l’y aiderait. Et comme rien n’est trop beau pour les enfants, il proposerait un spectacle varié et haut en couleurs : clowneries, jonglage, équilibrisme, dressage…
Le vieil homme sentit les larmes lui monter aux yeux. Il allait enfin pouvoir cesser de raconter ses belles histoires. Les gens pourraient voir de leurs propres yeux toute la beauté du cirque. Il était bien décidé à enseigner à Manon tout ce qu’il savait. C’était un tel plaisir de lui expliquer les choses. Elle était tellement… émerveillée, à l’écoute. Piccolo ne doutait pas un instant du talent de sa petite protégée.

Mais le chemin était encore long et en attendant les factures s’accumulaient. Le bar ne lui rapportait guère, même si l’été venant lui permettrait sans doute de remplir un peu les caisses.
Lui et Manon avaient planifié leur première représentation pour l’été de l’année suivante. Soit une quinzaine de mois pour être parfaitement rodé. Ca semblait beaucoup mais c’était peu. Vraiment peu. Et Manon ne pourrait l’assister qu’en soirée. Il faudrait donc mettre les bouchées doubles pendant les vacances.

En attendant, il avait une matinée à perdre qu’il mit à profit en rafistolant puis en peignant d’un rouge vif de vieilles chaises. Elles seraient parfaites pour les numéros d’équilibriste de Manon vu que lui ne pouvait plus trop se permettre ce genre de fantaisies. Il les amena ensuite dans l’immense hangar. Hormis les chaises et le chapiteau, il y avait les costumes de clown et les accessoires, des barres de gymnastique flambant neuves, des balles et des ballons en veux-tu en voilà, un trapèze et un filet roulé en boule sur le sol. Et tout au fond du hangar, deux vieux gradins dont la stabilité laissait probablement à désirer. Mais les choses prenaient tournure. Lentement mais sûrement.

Un bruit de klaxon terriblement disgracieux le fit sursauter. Avec tout ça, la matinée s’était écoulée sans que Piccolo ne voit le temps passer. Il sortit du hangar et aperçut Paulo, toutes dents dehors, venir vers lui les bras grands ouverts.
-Alors, mon vieux Piccolo, t’as pas encore sorti les bouteilles ?
Paulo éclata d’un rire franc et sonore avant même que Piccolo n’ait pu répondre.
-Laisse ça pour l’instant, va ! Aide moi plutôt à débarrasser mon camion de tes bestioles.
Piccolo sourit et se dirigea vers l’arrière de la fourgonnette.

A l’intérieur, il y avait deux petites cages et deux caisses, l’une de taille moyenne, l’autre carrément énorme. Piccolo prit les cages sur ses épaules tandis que Paulo s’empara de la caisse moyenne. Ils les déposèrent délicatement dans la grange. La grosse caisse paraissait plus problématique d’autant que l’animal qui s’y trouvait semblait passablement nerveux. Elle oscillait même parfois dangereusement et de curieux sons étouffés s’en échappaient.
Piccolo et Paulo saisirent chacun l’un et l’autre côté de la caisse et eurent toutes les peines du monde à maintenir leur prise jusqu’au hangar. Lorsqu’ils y arrivèrent enfin, Paulo sortit un mouchoir en tissu qui n’était plus apparemment de première jeunesse et s’en servit pour éponger son front chargé de grosses gouttes de sueur.
-Bon ! On le boit cet apéro ? souffla Paulo.
-Attends ! On ne peut pas laisser ces bêtes là-dedans. Viens m’aider !
Paulo recula.
-Ah non ! Moi, je t’ai dégotté ta ménagerie et j’ai fait la livraison. Mais tu ne me feras toucher à aucune de tes bestioles, tu entends ?
Piccolo soupira.
-Sois chic, enfin ! Tu vois bien que je ne peux pas y arriver tout seul !
-N’insiste pas, c’est non je te dis ! Cochon qui s’en dédit ! Non, non et non !
-Juste la grosse caisse ! C’est tout simple et sans danger. J’ouvre la partie du haut, je mets un lasso au cou de l’animal, j’accroche l’autre extrémité de la corde au piquet que tu vois là-bas et ensuite, tu n’as plus qu’à casser les autres parois de la caisse. Ca ne me paraît pas sorcier, non ?
Paulo était sceptique. Mais il avait soif. Et faim rien qu’à la pensée de la délicieuse omelette aux cèpes de son ami Piccolo dans son assiette. Alors, il s’avança en bougonnant.
-Allez, qu’on en finisse et qu’on aille boire et manger. C’est quoi comme animal ?
-On appelle ça un lama et ça vient d’Amérique du Sud. Il paraît que c’est susceptible comme pas deux et que ça a un sale caractère. Je continue ?
-Euh… non, ça ira. Et puis moins j’en saurai, mieux je me porterai. Passe moi la hache.

Les choses se passèrent sans problème, le plus difficile fut finalement de parvenir à mettre la corde autour du cou de l’animal. Ensuite Paulo explosa la caisse puis recula précipitamment. Le lama se rua hors de la caisse et fit mine de charger mais la corde le maintenait fermement. Il martela furieusement le sol et courut tout autour du piquet. Le manège dura un certain temps puis l’animal finit par se fatiguer. Il s’immobilisa alors, sans quitter des yeux ses deux bourreaux.
-Voilà une bonne chose de faite, dit Piccolo. Je vais maintenant te montrer ce qu’il y a dans les deux cages. Il suffit juste de retirer le linge qu’ils ont posé dessus.
A l’intérieur de chacune d’entre elles, il y avait une touffe de poil avec une longue queue. Paulo poussa un cri.
-Des rats ! Tu m’as fait transporter des rats ! Sales bêtes ! Passe moi la hache !
-Ce ne sont pas des rats, répondit calmement Piccolo en souriant, on appelle ça des furets. Il paraît que ça se dresse très facilement et qu’on peut leur faire faire toutes sortes de tours. Et ça plait beaucoup aux enfants ! Je suis sûr que Manon va adorer !
-Bon, je ne veux même plus chercher à comprendre, finissons-en ! J’ai faim et j’ai soif !
Paulo se dirigea vers la dernière caisse, la moyenne, la hache à la main.
-J’ai survécu à un lama déchaîné, ce n’est pas une bestiole de plus qui va m’intimider.
Piccolo ouvrit la bouche pour protester mais il était trop tard. Le bois vola en éclat lorsque la hache s’abattit sur la caisse.

Le sourire de Paulo se figea instantanément. Il eut juste le temps de voir les sabots du bouquetin racler le sol avant que ses puissantes cornes ne l’expédient dans les airs dans un nuage de poussière.




A suivre…




mercredi 2 mai 2007

Piccolo 5eme partie


Piccolo porta la main à sa joue brûlante.
-Dis donc, tu n’y es pas allée de main morte Princesse ! Je te rappelle que lorsque tu me donnes une baffe, tu dois faire semblant.
Manon rougit.
-Je suis désolée Piccolo…mais tu n’arrêtais pas de me reprocher de ralentir à la fin de mon geste alors… je n’ai pas ralenti.
-Tu as une sacrée frappe en tout cas. La vache ! Lorsque tu maîtriseras ton geste un peu mieux, les gens ne devraient y voir que du feu.
-Tu… tu veux un peu d’eau sur ta joue ?
Piccolo sourit.
-Inutile, va… Y’a pas mort d’homme. Mais on pourrait faire une pause, qu’est-ce que tu en dis ?
Manon gardait le visage fermé. Elle avait giflé son meilleur ami Piccolo et ne se sentait pas très bien. Comment avait-elle pu se lâcher à ce point ?
Piccolo perçut son désarroi et se baissa à sa hauteur.
-Ne te décourage pas. Etre clown est l’un des plus durs apprentissages. Mais ne sois pas trop pressée. Tu as commencé il y a seulement quelques jours. Et oublie cette gifle. Elle fait partie du métier qui rentre, c’est aussi simple que ça !
Manon fit la moue.
-Je pensais quand même que ce serait plus drôle que ça Piccolo.
-Il faut que ce soit drôle pour les gens. Ce sont les rires du public qui nous récompenseront de tout ce travail. Parce que, être clown, c’est un vrai travail Princesse… et tu passeras certainement par des moments difficiles. Mais ça en vaut largement la peine si les gens sont contents, non ?


Manon ne répondit pas. Piccolo sut alors qu’il n’en tirerait rien de plus pour aujourd’hui.
-On va arrêter là, tu veux bien ? Tu as besoin de te reposer. D’autant que demain, tu as un cours du soir avec ta maîtresse. On se revoit dans deux jours d’accord ?
Manon acquiesça, toujours penaude. Piccolo aurait bien voulu la consoler mais il se retint. Le cirque était un long et douloureux apprentissage et elle apprendrait vite à faire abstraction de ces petits détails sans importance. Le vieil homme sourit intérieurement en repensant à la gifle. Il se dit qu’il allait devoir composer avec la sensibilité exacerbée de sa jeune protégée et que parfois, les choses ne seraient sans doute pas simples. Mais pour le reste, il la trouvait douée et travailleuse, avec toujours cette lumière dans les yeux lorsqu’elle l’écoutait parler qui témoignait de son intérêt et de son envie toujours croissante de progresser.

Manon sortit et Piccolo referma la porte du hangar derrière elle. Dès qu’elle fut dehors, elle pressa le pas en direction de sa maison tandis que Piccolo rejoignit le bar.

Elle arriva chez elle l’air maussade, ce qui n’échappa pas à Eddy et à Blanche. Ils se regardèrent un instant mais étaient tous deux bien décidés à ne pas poser de questions. Même Martin qui ne ratait jamais une occasion de provoquer sa sœur et de prendre une raclée par la même occasion replongea son nez dans ses livres d’histoire lorsque le regard noir de sa sœur croisa le sien. Elle sortit ses propres ouvrages et son cahier de textes qu’elle tendit à sa mère pour qu’elle vérifie ses devoirs du soir. Tout ça sans dire un mot bien évidemment.
Blanche sourit. Manon se montrait digne de leur confiance. Les devoirs étaient soignés et cela s’en ressentait sur ses notes à l’école. Bien sûr ce n’était que le début mais tout cela était très encourageant.
-C’est parfait, ma puce. Dis moi, tu crois que je vais réussir à avoir un sourire avant la fin de cette journée ?
Manon esquissa un sourire maladroit mais le cœur n’y était pas. Elle soupira, comme pour s’en excuser puis détourna son regard de celui de sa mère. Eddy jugea sans doute qu’il valait mieux ne pas insister et invita tout le monde à se mettre à table, histoire de passer à autre chose.

Au fil du repas, Manon se détendit quelque peu. L’après-midi chargé lui avait malgré tout donné faim et elle mangea avec appétit. Le repas terminé, elle demanda à son père la permission de sortir regarder les étoiles plutôt que de jouer dans sa chambre avec son frère.
Une fois dehors, elle escalada la petite butte devant la maison et s’allongea dans l’herbe fraîche. Le ciel était effectivement très clair ce soir et elle se dit que Piccolo était peut-être en train d’observer, comme elle, les milliers d’étoiles qui semblaient envelopper la maisonnée.
Elle sourit en y pensant. Intérieurement, elle souhaita une bonne nuit à son ami Piccolo puis, avant qu’elle ait pu s’en rendre compte sombra dans un sommeil aussi profond que réparateur, le visage caressé par une brise légère...



A suivre….