jeudi 3 mai 2007

Piccolo 6eme partie


Piccolo eut beaucoup de plaisir à voir passer Manon le lendemain matin. Toute souriante, elle lui envoya un baiser de la main avant de se diriger, le pas léger, vers l’école. Il savait qu’il ne la verrait plus aujourd’hui, mais son sourire suffirait à illuminer sa journée.

Le téléphone sonna. C’était Paulo, un ami du village voisin.
-Ho, Piccolo ! Ca y est, j’ai tes bestioles… alors si tu pouvais te dépêcher de venir m’en débarrasser, ce serait sympa.
-Ecoute Paulo, tu sais bien que ma vieille guimbarde n’est plus de première jeunesse et que tu as le temps de venir dix fois avant que je ne parvienne à la faire démarrer. Alors, amène tes fesses ici à l’heure de l’apéro et on partagera ma bonne omelette aux cèpes, d’accord ?
-Ben, si tu me prends par les sentiments, je veux bien me laisser tenter… Heureusement que tes bêtes sont dans des cages parce que moi, je n’y touche pas ! Pouah ! Bon, à tout’ Piccolo !
-C’est ça… et n’oublie pas de tenir ta langue ! Personne n’a besoin de savoir pour qui et pourquoi tu fais cette livraison. Gare ton fourgon derrière la maison, devant le hangar ! Allez, salut !

Piccolo raccrocha. Il se sentait tout excité. Piccolo le clown allait revenir et éblouir les enfants comme il savait si bien le faire. Et Manon l’y aiderait. Et comme rien n’est trop beau pour les enfants, il proposerait un spectacle varié et haut en couleurs : clowneries, jonglage, équilibrisme, dressage…
Le vieil homme sentit les larmes lui monter aux yeux. Il allait enfin pouvoir cesser de raconter ses belles histoires. Les gens pourraient voir de leurs propres yeux toute la beauté du cirque. Il était bien décidé à enseigner à Manon tout ce qu’il savait. C’était un tel plaisir de lui expliquer les choses. Elle était tellement… émerveillée, à l’écoute. Piccolo ne doutait pas un instant du talent de sa petite protégée.

Mais le chemin était encore long et en attendant les factures s’accumulaient. Le bar ne lui rapportait guère, même si l’été venant lui permettrait sans doute de remplir un peu les caisses.
Lui et Manon avaient planifié leur première représentation pour l’été de l’année suivante. Soit une quinzaine de mois pour être parfaitement rodé. Ca semblait beaucoup mais c’était peu. Vraiment peu. Et Manon ne pourrait l’assister qu’en soirée. Il faudrait donc mettre les bouchées doubles pendant les vacances.

En attendant, il avait une matinée à perdre qu’il mit à profit en rafistolant puis en peignant d’un rouge vif de vieilles chaises. Elles seraient parfaites pour les numéros d’équilibriste de Manon vu que lui ne pouvait plus trop se permettre ce genre de fantaisies. Il les amena ensuite dans l’immense hangar. Hormis les chaises et le chapiteau, il y avait les costumes de clown et les accessoires, des barres de gymnastique flambant neuves, des balles et des ballons en veux-tu en voilà, un trapèze et un filet roulé en boule sur le sol. Et tout au fond du hangar, deux vieux gradins dont la stabilité laissait probablement à désirer. Mais les choses prenaient tournure. Lentement mais sûrement.

Un bruit de klaxon terriblement disgracieux le fit sursauter. Avec tout ça, la matinée s’était écoulée sans que Piccolo ne voit le temps passer. Il sortit du hangar et aperçut Paulo, toutes dents dehors, venir vers lui les bras grands ouverts.
-Alors, mon vieux Piccolo, t’as pas encore sorti les bouteilles ?
Paulo éclata d’un rire franc et sonore avant même que Piccolo n’ait pu répondre.
-Laisse ça pour l’instant, va ! Aide moi plutôt à débarrasser mon camion de tes bestioles.
Piccolo sourit et se dirigea vers l’arrière de la fourgonnette.

A l’intérieur, il y avait deux petites cages et deux caisses, l’une de taille moyenne, l’autre carrément énorme. Piccolo prit les cages sur ses épaules tandis que Paulo s’empara de la caisse moyenne. Ils les déposèrent délicatement dans la grange. La grosse caisse paraissait plus problématique d’autant que l’animal qui s’y trouvait semblait passablement nerveux. Elle oscillait même parfois dangereusement et de curieux sons étouffés s’en échappaient.
Piccolo et Paulo saisirent chacun l’un et l’autre côté de la caisse et eurent toutes les peines du monde à maintenir leur prise jusqu’au hangar. Lorsqu’ils y arrivèrent enfin, Paulo sortit un mouchoir en tissu qui n’était plus apparemment de première jeunesse et s’en servit pour éponger son front chargé de grosses gouttes de sueur.
-Bon ! On le boit cet apéro ? souffla Paulo.
-Attends ! On ne peut pas laisser ces bêtes là-dedans. Viens m’aider !
Paulo recula.
-Ah non ! Moi, je t’ai dégotté ta ménagerie et j’ai fait la livraison. Mais tu ne me feras toucher à aucune de tes bestioles, tu entends ?
Piccolo soupira.
-Sois chic, enfin ! Tu vois bien que je ne peux pas y arriver tout seul !
-N’insiste pas, c’est non je te dis ! Cochon qui s’en dédit ! Non, non et non !
-Juste la grosse caisse ! C’est tout simple et sans danger. J’ouvre la partie du haut, je mets un lasso au cou de l’animal, j’accroche l’autre extrémité de la corde au piquet que tu vois là-bas et ensuite, tu n’as plus qu’à casser les autres parois de la caisse. Ca ne me paraît pas sorcier, non ?
Paulo était sceptique. Mais il avait soif. Et faim rien qu’à la pensée de la délicieuse omelette aux cèpes de son ami Piccolo dans son assiette. Alors, il s’avança en bougonnant.
-Allez, qu’on en finisse et qu’on aille boire et manger. C’est quoi comme animal ?
-On appelle ça un lama et ça vient d’Amérique du Sud. Il paraît que c’est susceptible comme pas deux et que ça a un sale caractère. Je continue ?
-Euh… non, ça ira. Et puis moins j’en saurai, mieux je me porterai. Passe moi la hache.

Les choses se passèrent sans problème, le plus difficile fut finalement de parvenir à mettre la corde autour du cou de l’animal. Ensuite Paulo explosa la caisse puis recula précipitamment. Le lama se rua hors de la caisse et fit mine de charger mais la corde le maintenait fermement. Il martela furieusement le sol et courut tout autour du piquet. Le manège dura un certain temps puis l’animal finit par se fatiguer. Il s’immobilisa alors, sans quitter des yeux ses deux bourreaux.
-Voilà une bonne chose de faite, dit Piccolo. Je vais maintenant te montrer ce qu’il y a dans les deux cages. Il suffit juste de retirer le linge qu’ils ont posé dessus.
A l’intérieur de chacune d’entre elles, il y avait une touffe de poil avec une longue queue. Paulo poussa un cri.
-Des rats ! Tu m’as fait transporter des rats ! Sales bêtes ! Passe moi la hache !
-Ce ne sont pas des rats, répondit calmement Piccolo en souriant, on appelle ça des furets. Il paraît que ça se dresse très facilement et qu’on peut leur faire faire toutes sortes de tours. Et ça plait beaucoup aux enfants ! Je suis sûr que Manon va adorer !
-Bon, je ne veux même plus chercher à comprendre, finissons-en ! J’ai faim et j’ai soif !
Paulo se dirigea vers la dernière caisse, la moyenne, la hache à la main.
-J’ai survécu à un lama déchaîné, ce n’est pas une bestiole de plus qui va m’intimider.
Piccolo ouvrit la bouche pour protester mais il était trop tard. Le bois vola en éclat lorsque la hache s’abattit sur la caisse.

Le sourire de Paulo se figea instantanément. Il eut juste le temps de voir les sabots du bouquetin racler le sol avant que ses puissantes cornes ne l’expédient dans les airs dans un nuage de poussière.




A suivre…




1 commentaire:

Cath a dit…

oh oh, du mystère, de l'action, une ménagerie, mais où va-t-on ?! En tous cas, on te suit !
On a de la chance, on a le spectacle du cirque en avant-première ! :-))